[Chronique] Matmatah – Plates Coutures

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Alors, alors cet album ?? Et bien c’est un Matmatah et à priori un très bon cru. Matmatah c’est avant tout un rock énergique, une plume fine, aiguisée et souvent concernée, le tout assaisonné avec de la virtuosité, des racines bretonnes et un penchant festif. Sur Plates Coutures tous les ingrédients sont réunis.

Si au premier abord le départ de Sammy semble avoir entamé la virtuosité du groupe, au bout des 3-4 écoutes on constate qu’elle est toujours bien présente. Elle a juste mué pour adopter une forme un peu plus discrète, un peu moins visible mais qui apporte toujours sa pierre à l’édifice. Et c’est bon signe, le groupe ne cherche pas à se répéter et compose en tirant avantage de ses forces vives.

Sur l’entrée en matière Nous y sommes, on retrouve nos Brestois concernés ici par l’avenir de la planète dans d’une atmosphère de fin de civilisation de plus en plus imminente. Et on constate que les 9 années d’absence n’ont pas entamé la force de frappe de la plume de Stan: « On sauve son prochain mais rien à branler du suivant ».

S’en suivent 3 titres dans la même veine bien rock ou il est question d’amour, de mépris pour les (entres-autres) casseurs des pierres de la cité de Palmyre (« comme si occire les vivants n’était pas suffisant, il y avait bien mieux encore, assassiner les morts ») et de « carrières » politiques avec l’efficace single Marée Haute :

La suite de l’album se fait plus variée. Si Ô ma beauté et Overcom sont dans la même lignée (il est ici question de narcissisme et de gavage informatif avec les dérives et risques qui en découlent), Matmatah nous offre également deux balades et deux OVNIs.

Les Brestois on fait part de leur désire de ne pas lever le pied niveau tempo et les deux balades du disque se sont fait leur place par leur qualité. Entre les lignes chantée par le bassiste Eric Digaire (égal à lui même sur le reste de l’album) semble être particulièrement personnel. Peshmerga qui clos l’album apporte de l’espoir aux terreaux les plus sombres « Maudits soient les crétins qui veulent cacher ton regard, la femme que tu deviens sera le pire de leur cauchemars. Au paradis, ailleurs ou ici bas, il ne l’emporterons pas ».

Toboggan fait parti des curiosités avec sa rythmique rock mid/down tempo et ses notes de guitare parcimonieuses qui semblent flotter à la surface. A noter le travail d’expérimentation qu’on retrouve à différent moments. Titre remarquable. On retrouve aussi Margipop sorte de powerblues (quasi) instrumental qui rappelle vaguement Ribette’s (La Ouache – 1998) en moins véloce mais plus puissant.

Je conclurais par le titre de la mi-album, mon préféré : Retour à la normale. Titre explosif, presque punkoïde du Matmatah pur jus qui vous colle la patate pour la journée. Comme un hymne pour des retrouvailles avec Brest (Recouvrance, l’arsenal,…). Je vous mets au défi de ne pas taper du pied frénétiquement dessus. A coup sur un très grand moment pour les concerts à venir.

Photo : Julien Banes

Pas encroutés, ils reviennent en pleine forme, fidèle à eux-mêmes avec un album fort, qui leur ressemble, sans s’auto-parodier et qui balaie d’un revers de main les quelques appréhensions que l’on peut avoir quand on s’apprête à retrouver un groupe aussi marquant après une trop longue pause.

Bref si vous avez une petite quinzaine d’euros en poche et que vous aimez Matmatah, allez-y les yeux fermés.